| Le musée Nissim de Camondo : mémoire de la bourgeoisie israélite du second empire |
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| Langue française - Sortir | |||
| Écrit par Florence Méry | |||
| Samedi, 24 Octobre 2009 08:44 | |||
Au départ, une déception : partie en Vélib' vers le musée Jacquemart-André où se déroule (à grand renfort d'affiches dans le métro) une exposition de peinture flamande, nous constatons que deux cars de personnes âgées viennent de débarquer sur le boulevard Haussmann. Résultat : on nous annonce 1h15 d'attente. Qu'à cela ne tienne, nous nous dirigeons vers le plus proche musée figurant sur notre plan de Paris : le musée Nissim de Camondo, 63 rue de Monceau. Un magnifique hôtel particulier très peu connu, qui fait partie du Musée des Arts Décoratifs. La visite guidée par une conférencière est vraiment intéressante. Je vous conseille la visite guidée du dimanche matin à 11 h, elle s'effectue dans des conditions optimales (nous étions seulement 8 personnes le 4 octobre). On ne sait pas pourquoi, les personnes âgées, qui disposent d'environ 50 heures par semaine pour visiter les musées, choisissent toujours le dimanche matin entre 11 h et midi pour encombrer les files d'attente, de même qu'elles choisissent, au hasard, le samedi vers 16h pour faire leurs courses. La demeure où se tient le musée Nissim de Camondo est un témoignage de ce que fut une grande maison bourgeoise, équipée en 1913 de tout le confort à la pointe du progrès pour l'époque : deux ascenseurs (l'un garni de velours, pour les invités, l'autre servant de monte-charge pour les plats venant de la cuisine), une cuisine équipée, des salles de bains d'aspect très moderne, le téléphone, etc. Le jardin – qui jouxte le parc Monceau est également superbe. Elle abrite en même temps une extraordinaire collection de mobilier, de tableaux et de bibelots du 18ème siècle. Il faut préciser que la demeure a été construite à la fin du 19ème siècle par Moise de Camondo, un banquier né à Constantinople en 1859 et arrivé à Paris à l'âge de dix ans. L'hôtel particulier voisin (au 65 rue de Monceau) a d'ailleurs appartenu à son cousin germain et est aujourd'hui la propriété du fonds de pension « Colony Capital ». L'histoire de cette famille de Camondo est passionnante et tragique : une famille de banquiers juifs originaire de Constantinople, anoblie au 19ème siècle par le roi d'Italie Victor-Emmanuel II, et finalement installée en France sous le Second Empire. Moïse de Camondo est tombé amoureux de la France et particulièrement de l'art français du 18ème siècle : sa collection de mobilier des grands ébénistes (Oeben, Riesener), de peinture (tableaux de Mme Vigée-Lebrun et fresques d'un élève de Boucher), de services en porcelaine de Sèvres, est extraordinaire pour qui s'intéresse à la période. Histoire tragique en même temps, puisque son fils unique Nissim, à qui le musée est dédié, aviateur pendant la première guerre mondiale, a été tué en 1917. Comme sa fille Béatrice ne s'intéressait guère à l'art, Moise de Camondo, sentant sa mort proche, avait légué sa demeure à l'Etat en 1935, une grande chance pour la maison qui sans cela aurait été confisquée, pillée, et la collection dispersée... La famille est aujourd'hui éteinte -Béatrice et ses deux enfants ayant été déportés en 1943- mais présente à travers des souvenirs, des lettres et des photos, très émouvants. Une réflexion aussi à avoir sur cette bourgeoisie israélite assez mal connue, qui a pourtant joué un rôle important dans la philanthropie, le mécénat et la culture, de même que les familles Dassault (cousins éloignés des Camondo) ou Rothschild. Je vous recommande à ce sujet deux livres de Pierre Assouline : « Le dernier des Camondo » qui raconte l'histoire de cette famille ; et « Le portrait », biographie de la baronne Betty de Rothschild.
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Au départ, une déception : partie en Vélib' vers le musée Jacquemart-André où se déroule (à grand renfort d'affiches dans le métro) une exposition de peinture flamande, nous constatons que deux cars de personnes âgées viennent de débarquer sur le boulevard Haussmann. Résultat : on nous annonce 1h15 d'attente.