| Versailles : un Veilhan et des grandes eaux musicales |
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| Langue française - Sortir | |||
| Écrit par Florence Méry | |||
| Jeudi, 24 Septembre 2009 22:23 | |||
Petit récit d'une sortie au Château de Versailles le 13 septembre 2009... D'emblée, on est frappé par le fouillis qu'est devenue la façade : non, ce ne sont pas les décors du film « Camping 2 », mais un auvent de pacotille, offert par je ne sais quelle entreprise, probablement Vinci, et qui abrite des portiques de détection d'armes. Les toitures recouvertes de feuilles d'or rutilent à n'en plus finir sous un ciel lourd et orageux : un côté un peu Disneyland, peut-être, qui n'ajoute rien à la majesté de la façade. Le touriste est accueilli par l'oeuvre maîtresse du sculpteur Veilhan: une calèche tirée par des chevaux, stylisée évidemment, dans une matière indéfinissable et mauve.
A l'arrière du château, je suis soulagée de reconnaitre les lieux. Munie de mon précieux ticket pour les grandes eaux musicales, je me dirige vers quelques fontaines qui crachouillent des jets d'eau, sur fond de musique baroque: ça ne casse pas trois pattes à un canard, comme on dit chez moi. Arrivée à un grand bosquet en forme de péristyle, dont le nom m'échappe, je reste stupéfaite : des gardiennes en uniforme s'époumonent dans des sifflets de gendarme à chaque fois que la roue d'une poussette avance d'un millimètre sur une pelouse maigre et jaune. On se croirait dans un mauvais remake des gendarmettes de Saint-Tropez. Lassée des grandes eaux et de leur prévisibilité, quittant cet étrange état policier d'opérette, je me dirige vers les Trianons. Le chemin est jalonné de débitants de jus d'orange pressée dans des cahutes d'époque ; 3 euros le gobelet, c'est vrai que l'orange était un luxe à l'époque de Marie-Antoinette ; un père de famille, surpris par le tarif, fait demi-tour en maugréant légèrement. Ils sont là, mes Trianons, on ne les a pas changés. Ah si, à un détail près : tandis que j'entre gratuitement en présentant fièrement ma carte de membre des Amis de Versailles, une famille de provinciaux est refoulée de l'entrée du jardin. Ils protestent gentiment : « dans le temps, j'étais venu en voyage scolaire, on pouvait entrer dans le jardin sans payer l'entrée du Grand Trianon » ; je n'entends pas la réponse du gardien, mais avant même sa réponse, les provinciaux ont compris : Versailles est devenu une pompe à phynances...Même sous la monarchie absolue, on n'aurait pas fait payer l'entrée du jardin, la seule obligation était, pour les hommes, de louer une épée : étrange incitation au régicide, il faudra que je relise mes bouquins sur la question. Le Petit Trianon est grouillant de vie animale et végétale : les poissons pullulent, les plantes ont grasses et les fleurs superbes, mais le lieu est toujours aussi dépourvu d'humanité. Allons, 18 heures, il est temps de rentrer. Je marchai d'un bon pas jusqu'à la sortie, croisant sur la place du château un étrange groupe de gens bien habillés qui descendent d'un car mais ne ressemblent pas à des touristes: une soirée de gala récompensant quelques mécènes ? Je les regarde de travers : moi aussi, je suis une mécène, je paie tous les ans 60 euros déductibles des impôts, depuis le 27 décembre 1999. La date ne vous dit rien ? Bah, c'est vieux, c'était au siècle dernier, une mauvaise journée d'hiver venteuse. J'avance dans les rues de la ville déjà endormie, mais la ville avait retrouvé son aspect du 18ème siècle, et jamais je ne trouvai la gare de Versailles Rive Droite, comme dans l'histoire de ces deux anglaises qui, en 1902, se perdirent dans le parc et rencontrèrent Marie-Antoinette en personne, contournant un monument qui n'avait jamais existé que sur un plan datant de 1770. Comme elles, je sors de mon rêve brutalement et aperçois au bout d'une rue déserte la gare de Versailles-Chantiers. Tout est bien qui finit bien, après 2 minutes d'attente je monte dans un RER luxueux qui file à la vitesse d'un TGV vers la gare Montparnasse et l'atteint en 10 minutes et pour 2,95 € (au lieu de 40 minutes et 3,70 € à l'aller par Saint-Lazare). Me voici réconciliée pour longtemps avec mon époque et ses moyens de transport merveilleux.
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Petit récit d'une sortie au Château de Versailles le 13 septembre 2009... D'emblée, on est frappé par le fouillis qu'est devenue la façade : non, ce ne sont pas les décors du film « Camping 2 », mais un auvent de pacotille, offert par je ne sais quelle entreprise, probablement Vinci, et qui abrite des portiques de détection d'armes. Les toitures recouvertes de feuilles d'or rutilent à n'en plus finir sous un ciel lourd et orageux : un côté un peu Disneyland, peut-être, qui n'ajoute rien à la majesté de la façade. Le touriste est accueilli par l'oeuvre maîtresse du sculpteur Veilhan: une calèche tirée par des chevaux, stylisée évidemment, dans une matière indéfinissable et mauve.