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Bernis, le cardinal des plaisirs : le roman d'un ambitieux PDF Imprimer Envoyer
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Écrit par Florence Méry   
Lundi, 23 Août 2010 21:18

Bernis, le cardinal des plaisirsBernis, le cardinal des plaisirs, est une biographie historique écrite par Jean-Marie Rouart et publiée en 1998. Ceux qui ont lu ma critique du film « Nannerl, soeur de Mozart » se souviennent sans doute que les trois filles cadettes du Roi Louis XV étaient recluses à l'abbaye de Fontevrault par la volonté du principal ministre du Roi, le cardinal de… Eh bien, non, erreur de ma part, ce n'était pas le Cardinal de Bernis, mais son prédécesseur, le Cardinal de Fleury, qui avait décidé d'exiler les trois princesses.

C'était l'occasion de découvrir qui était le Cardinal de Bernis. L'académicien Jean-Marie Rouart en a dressé un portrait attachant dans une biographie intitulée « Bernis, le cardinal des plaisirs ».

A la fois ecclésiastique et libertin, homme politique et esthète, ami de la marquise de Pompadour, de Voltaire et de Casanova, voilà un personnage méconnu et aux multiples facettes.

D'une longévité exceptionnelle pour l'époque (près de 80 ans), il a connu la totalité du dix-huitième siècle: né en mai 1715 (alors que Louis XIV règne encore) dans le Vivarais (aujourd'hui, l'Ardèche), il meurt en novembre1794 à Rome, alors qu'en France la Terreur a laissé la place au Directoire.
Né dans une famille de noblesse provinciale désargentée, esprit brillant, il est remarqué vers 1745 par Madame de Pompadour, la nouvelle favorite royale, et lui doit une grande partie de son ascension. Il est successivement ambassadeur de France à Venise de 1751 à 1755, puis ministre des Affaires Etrangères en 1756. Son analyse fine de la situation diplomatique de l'époque l'amène à redouter la Prusse, puissance militaire montante de l'Europe, et à préférer une alliance avec l'Autriche. Ce renversement d'alliances gouvernera toute la politique française jusqu'à la Révolution et mènera logiquement au mariage de l'héritier du trône avec Marie-Antoinette d'Autriche en 1770.
Tantôt « bien en Cour », tantôt en délicatesse avec la Cour, il alterne les postes de premier plan au sein de l'Eglise catholique et de la diplomatie française: il est nommé en 1764 archevêque d'Albi, puis en 1768 ambassadeur à Rome où il est encore en poste vingt ans plus tard lorsque la Révolution éclate. Destitué par le nouveau gouvernement de la France, il reste à Rome où il vivra des subsides du Roi d'Espagne et y mourra en 1794 sans avoir revu la France.

Jean-Marie Rouart montre admirablement que la principale erreur de la vie du cardinal est de n'avoir pas su prendre ses distances avec la marquise, lorsqu'elle effectuait des choix politiques néfastes à la France.  Sa reconnaissance envers celle à qui il doit sa carrière  l'empêchera de la « lâcher », car il n'a pas le cynisme d'un Richelieu. Ami de la marquise, il aura l'intelligence (selon l'auteur) de ne pas en devenir l'amant et ne jamais lui être trop redevable.
Homme du dix-huitième siècle, d'une culture infinie, plus occupé de la recherche des plaisirs de l'esprit et de la chair que de son ambition pourtant grande, capable aussi de désintéressement et défenseur des intérêts de la France, l'auteur voit en lui un ressort essentiel : la recherche du bonheur.

Bernis, le cardinal des plaisirs, par Jean-Marie Rouart (Gallimard, Collection Blanche, 246 pages, 16,77 euros).

 

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